Avec « Phrases Assassines », Vanessa Pouzet veut dénoncer les violences ordinaires

Instagram. Phrases Assassines. C’est un compte Instagram ouvert au mois de novembre par Vanessa Pouzet, styliste, photographe, artiste-peintre, rédactrice de deux blogs. Sur ce profil, tous les jours sont publiés des phrases écrites en blanc sur un fond noir.

« Les problèmes de santé vont de pair avec la personne ». « Tu es le premier clou de mon cercueil ». « Tu es cultivée pour une coiffeuse ».

Des phrases entendues et qui sont restées gravées dans la mémoire des personnes à qui elles étaient destinées. Pour dénoncer cette violence ordinaire, Vanessa Pouzet a décidé d’en faire un compte Instagram nommé « Phrases Assassines« .

Pour en savoir plus sur sa démarche, Les Gens d’Internet lui a posé plusieurs questions. Voici ses réponses.

phrases-assassines1

***

  • Pourquoi avez-vous ouvert ce compte ?

Vanessa Pouzet: J’ai ouvert ce compte pour de ne pas laisser ces violences ordinaires sous silence. Une femme, Betty, m’a écrit cette phrase que je trouve si juste « Accepter qu’il y a pire, c’est banaliser ces violences ». Je crois que ça illustre parfaitement mon intention.

Définir ce qu’EST une phrase assassine, c’est éviter les amalgames atténuant leurs impacts. D’où vient-elle en fait? Qui la prononce réellement? En lisant, ces témoignages on retrouve des similitudes, des mécanismes, aucun climat de colère n’était présent, bien au contraire! Et c’est là où cela devient dévastateur, un contexte familial, amoureux, amical, c’est une incohérence qui anesthésie.

Ces mots venins durablement ancrés, se promènent des années, des dizaines d’années. Preuve que le simple « ça nous arrive à tous » ou « il y a pire » n’est pas satisfaisant. Ces phrases percutent l’estime de soi, bouleversent le rapport à son propre corps, à son être tout entier. Ils fragilisent d’autant plus notre structure qu’ils sont envoyés par le biais de l’amour, de la bienveillance, ou de l’humour.

Je voulais que ces phrases assassines soient rassemblées en un même espace, qu’elles s’entrechoquent pour en démontrer l’absurdité, ou qu’elles se rapprochent pour mieux comprendre les mécaniques qui opèrent. Car derrière ces mots, on trouve de la misogynie, du racisme, de l’homophobie, de la xénophobie, du classicisme, des discriminations, des jugements, du conditionnement de tous types.  Le reflet d’une société, d’un climat hostile envers l’autre.

Ces phrases-miroirs portent les stigmates de ce qu’on nous inculque, la peur de l’étrange, de l’autre, l’instrumentalisation des corps.

phrases-assassines2

  • Comment vous est venue l’idée ?

Une idée, c’est tout un chemin. Il y a eu toutes ces phrases entendues autour de moi qui avait frappées d’autres personnes. Là, je trouvais ça révoltant, injustifiable! Ça bourdonnait de plus en plus en moi avec les années. Et il y a quelques semaines, à la Fnac, je me retrouve à échanger quelques mots avec un homme car nous voulions le même livre de Toni Morrison puis on remet ça sur l’étagère d’Henri Michaux. Je ne sais par quel miracle, car l’expression orale est difficile pour moi. Je me retrouve à lui dire des mots de cet auteur qui avait résonné « On n’est pas seul dans sa peau, il y a aussi le regard des autres » et il me raconte qu’il s’est construit en entendant « tu as écopé de la double-peine: noir et homosexuel ». Un déclencheur, une goutte de plus, de trop. La parole est bien plus aisée avec un·e inconnu·e, ou à travers un filtre Instagram, ce raccourci est disponible!

J’ai rangé immédiatement mes craintes de femme qui manque de confiance en elle, parce d’autres personnes le font/feraient mieux, sont plus intelligent·e·s, plus cultivé·e·s, plus âgé·e·s ou moins, plus interessant·e·s… et je l’ai fait, point.

phrases-assassines3

  • Quel est le message que vous souhaitez faire passer avec ce compte ?

Que ces mots entendus soient écrits, me semble extrêmement important. Ils pourront laisser une autre forme de trace, en dehors, hors du corps.

Créer du lien, du soutien sans être dans le pathos, mais plutôt dans l’action, dans le questionnement. Comprendre les mécaniques pour les déconstruire. S’interroger, poser, écrire, reformuler, parler, écouter, partager… chercher.

Les initiatives qui portent la parole, refusent de laisser aller les choses peuvent faire bouger les lignes. Car il ne s’agit pas, du méchant et du gentil.

phrases-assassines

  • Pourquoi avoir choisi Instagram ?

J’ai tout de suite eu la vision de ces phrases qui se juxtaposeraient les unes aux autres. Instagram, c’est aussi très fort visuellement, on va droit au but en un seul visuel. L’image est particulière, elle ne se regarde pas d’un coup d’oeil, elle se lit, se décortique. Elle appelle à la réponse ou pas, elle peut mobiliser nos émotions, résonner dans notre histoire.

L’utilisation de ce réseau en particulier est intéressant aussi, car très inscrit dans nos quotidiens: le rapport au temps, à la banalité, aux gestes instinctifs qui se font sans réfléchir tout comme certaines de ces phrases pour certains, se questionner sur l’ordinaire. Cette violence classifiée comme anodine, mais qui ne se swipe pas d’un geste.

***

Pour vous aussi témoigner, envoyez un mail à phrases.assassines@gmail.com.

Suis-moi sur Twitter
Publicités

Une réflexion sur “Avec « Phrases Assassines », Vanessa Pouzet veut dénoncer les violences ordinaires

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s